NPA 79 Nord Deux Sèvres
Interview de Camille de Casabianca, réalisatrice du film sur la naissance du NPA... mardi 9 février 2010
Est-ce que ton film « C'est parti! » qui sort le 10 février, se range dans la case documentaire, ou bien est ce que ton film est un véritable ovni cinématographique ?
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« C'est parti » est un film que j'ai concu pour le cinéma. C'est l'histoire d'hommes et de femmes sympathiques qui ont un but: celui de construire ce parti. Ils ont un an pour y
arriver. Ils ont des embûches, ils ont des problèmes, ils ont aussi des bonnes surprises, donc cela se raconte comme une histoire, sans interview. Donc finalement ces personnes, qui sont
réelles, deviennent les personnages du film. En faisant ce film, ce que je souhaitais, c'est intéresser le public, un public plus large que les militants, même si je pense que cela les
amusera eux aussi.
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Lorsque tu as pris la décision de filmer le processus constituant du Nouveau Parti Anticapitaliste, vers qui t'es tu tournée, et as-tu rencontré des difficultés pour faire accepter ton projet ? -
A partir du moment où on m'a laissé tourner, j'ai eu une confiance absolue et ça je dois dire que c'était bien. J'ai eu aussi un échange avec Olivier, qui ne souhaitait pas être au centre du film. On s'est mis d'accord, il était évident qu'il ne serait pas au centre du film, mais il était aussi évident que c'était un des personnages importants de la création du NPA..
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A travers « C'est parti ! » on rencontre un certain nombre de militantes et de militants, quels personnages de ce film t-ont le plus touché et pourquoi ?
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Tout le monde m'a touché, parce que c'est un film humain. Pour moi c'est un film romantique parce qu' on a cette idée de lutter pour cette société d'émancipation et d'égalité. Tous les
gens dans le film partagent ça et je le partage avec eux. C'est vrai que pour moi qui suis cinéaste, il y avait des personnages... Par exemple François Sabado c'est un peu Raimu, pour ceux
qui connaissent les vieux films français... Olivier c'est un peu le jeune acteur, comme les acteurs américains... Il y avait Anne Leclerc qui pourrait être Anna Magnani... Il y a Abdel
d'Avignon, le p'tit mec rigolo qui a la tchatche, qui a de l'humour... Donc c'est devenu des personnages pour moi.
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Dans les années 80, tu as rejoint les comités rouges, quels souvenirs gardes-tu de cette époque et de tes années de militantisme ?
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L'époque était différente, on pensait qu'on allait faire la révolution assez vite. On devait être un certain nombre à pénétrer l'appareil d'état, aux télécoms, au ministère de
l'Intérieur pour, le soir de la révolution, être aux manettes. On avait cette idée là, dans la tête, de la prise du pouvoir. J'ai commencé à avoir des doutes sur l'imminence de la
révolution. J'ai demandé à aller en Californie, à l'université de Berkeley. Quand j'ai vu la classe ouvrière californienne, je me suis dit c'est peut etre pas pour tout de suite... Donc
effectivement j'ai cessé de militer à la LCR mais je ne suis pas allée à la soupe et j'ai choisi une autre voie qui est celle du cinéma et qui est celle qui me permet de continuer à
rêver.
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N'as tu pas aujourd'hui l'envie de rejoindre les militants du NPA ?
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C'est vrai que c'est une question que les gens me posent, mais il était clair que pour moi c'est un regard, c'est le contraire d'un film militant. C'est ce film que je propose, maintenant
l'avenir, je ne sais pas, demain, de quoi il sera fait ! Mais pour l'instant, moi, je fais mon travail de cinéaste ! Je dis aux militants qui s'attendraient à voir le programme du NPA dans
le film qu'il n'y est pas ! C'est juste un film sur ce que c'est d'être militant aujourd'hui.
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Lors du grand nettoyage des locaux du parti, entre une porte qui vole et les oeuvres complètes de Lénine en passe de finir dans la benne, on découvre à travers ta caméra des militants partagés entre l'envie de se débarasser d'un passé bien encombrant et celle de conserver de précieux morceaux d'histoire. Quel regard portes-tu sur ces images ?
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Ce qui m'a intéressé dans ce film, c'est qu'en fait il y a une transmission entre les générations. Il y a les anciens, il y a les jeunes. Dans les partis en général, quand les jeunes
arrivent, c'est un putsch, les vieux s'accrochent absoluement, mais là c'est assez joli, en fait c'est visuel parce qu'on voit que ce n'est pas la même génération. On voit d'ailleurs Daniel
Bensaïd, que tout le monde aimait beaucoup... Quand il est mort, les journalistes m'ont appelé pour me demander si je n' avais pas un extrait à mettre sur internet, et je me suis appercue
qu'en fait dans le film si on le voit deux fois vraiment longuement, on le voit plein de fois. Sa présence imprègne tout le film.
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Tu expliques que tu as filmé « ce processus de transformation, un peu comme une physicienne observe un corps passer d’un état à l’autre, solide à liquide. »,
penses-tu qu'aujourd'hui, notre construction est belle et bien achevée ?
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Ah non pas du tout! Là c'est le début, on sent qu'il y a une dynamique dans cette création du NPA qui est extremement positive, c'est comme le début d'une histoire d'amour, c'est
merveilleux mais peut etre qu'après ce sera la chienlit on sait pas mais au début, ya ce coté positif dans le film. Ce film montre la naissance d'un parti.
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Propos recueillis par Linda...
C'est parti" : l'ancien parti, le nouveau et son héros réticent

Après le Mur de
Berlin, la Carte orange, le tour vint pour la Ligue communiste révolutionnaire d'être avalée par la
marche du temps. Il se trouve qu'une cinéaste a sorti sa caméra à temps pour enregistrer les derniers jours de "la Ligue", comme la désignaient familièrement ses partisans et ses ennemis,
jusqu'à ce qu'elle laisse la place au Nouveau Parti Anticapitaliste NPA
Camille de Casabianca, qui a milité jadis dans les rangs de la Section française de la IVe Internationale, autre nom de la LCR, filme en toute sympathie.
Ce qui ne fait pas d'elle une naïve. Sa familiarité avec le sujet ne l'empêche pas non plus de s'étonner. Cette distance, d'autant mieux mesurée qu'elle résulte d'une histoire personnelle plus que d'un calcul intellectuel, fait de C'est parti une rareté : un film qui montre la politique en train de se faire lucidement et chaleureusement, à charge pour chaque spectateur d'en tirer des conclusions, théoriques ou pratiques.
C'est parti s'organise autour d'un leitmotiv, le grand ménage organisé dans les locaux de la LCR à la veille de la naissance du NPA, dont les images reviennent à intervalle régulier. Les vieux militants, dont le plus célèbre est Alain Krivine, et les plus jeunes, parmi lesquels on reconnaît Olivier Besancenot, balancent le vieux monde par les fenêtres : des kilos de papiers noircis de débats aujourd'hui abscons, des affiches de campagnes infructueuses, des fichiers mystérieux.
Pendant qu'on fait du passé table rase, la gestation du nouveau parti arrive à son terme. C'est là que l'on trouve les séquences les plus passionnantes du film. On y trouve un héros réticent, Olivier Besancenot, qui doit assumer sa position de vedette. Sa seule présence à une réunion garantit la présence des journalistes, qui par ailleurs ne s'intéresseront pas aux autres intervenants. Camille de Casabianca circule dans l'appareil de la LCR comme un poisson dans l'eau, et la plupart du temps son film donne la sensation d'être l'observateur invisible de la vie quotidienne des militants. Sauf quand le débat tourne autour du bon usage d'Olivier Besancenot. Dès qu'il est question de célébrité, les dés son pipés, et la conscience d'être filmé se manifeste. De ce point de vue, C'est parti apporte quelques éléments intéressants à la critique du star system.
Ex-"liguards"
Mais l'essentiel du contenu politique est ailleurs. Les éventuels accès de nostalgie des vétérans trotskistes sont régulièrement étouffés par les questions, les interventions des nouveaux militants. C'est là que l'on trouvera toutes les réponses aux questions que pose la présence d'une femme musulmane sur une des listes du NPA aux régionales.
On s'apercevra ainsi que ce récent épisode est l'aboutissement d'un processus engagé depuis quelque temps, et que les militants et militantes gauchistes, qui ont eu bien du mal jadis à prendre en compte le combat homosexuel, doivent aujourd'hui répondre à d'autres interrogations.
Plutôt tourné vers l'avenir, le film de Camille de Casabianca ne s'intéresse qu'incidemment aux nombreux ex-"liguards" qui peuplent aujourd'hui la vie publique française. C'est Henri Weber, ancien directeur de l'hebdomadaire Rouge, aujourd'hui député européen socialiste, qui les représente dans un débat saisi à la Fête de L'Humanité. Le vétéran utilise tous les ressorts de la rhétorique trotskiste pour défendre le compromis. A ce moment, l'infinie polysémie du titre prend un sens ironique, presque méchant : "C'est parti, pour ne plus jamais revenir." L'instant d'après, le film reprend sa bonne humeur pour suivre les aventures incertaines de ceux qui n'arrivent toujours pas à ne plus y croire.
Film documentaire français de Camille de Casabianca. (1 h 24.)