Jeudi 15 avril 2010 4 15 /04 /Avr /2010 21:28

Une exposition qui aborde un volet méconnu de notre histoire : la genèse d’une première immigration de couleur en France. Le Code Noir, recueil d’édits paru en 1685, réglemente la vie des esclaves noirs dans les îles françaises et la Guyane et ses articles concernant les enfants d’esclaves, les métis et les châtiments sont bien connus. On connaît moins en revanche les conditions d’existence des Noirs sur le sol métropolitain et les raisons de leur présence.

Esclavage, immigration, rejet ou intégration…

Cette nouvelle exposition du Musée du Nouveau Monde à La Rochelle nous donne l’occasion, à travers tableaux, sculptures, estampes et documents d’archives de découvrir un volet méconnu de notre histoire et de s’interroger sur le contexte et le résultat de cette première immigration de couleur.

Une histoire ancienne peut-être mais qui donne à réfléchir et à comprendre et nous renvoie à une actualité frémissante à l’heure des débats sur l’identité nationale. Le Code Noir, recueil d’édits paru en 1685, réglemente la vie des esclaves noirs dans les îles françaises et la Guyane et ses articles concernant les enfants d’esclaves, les métis et les châtiments sont bien connus. On connaît moins en revanche les conditions d’existence des Noirs sur le sol métropolitain et les raisons de leur présence. Apprentis, domestiques, curiosités ou parfois - mais rarement - membres de la bonne société, ils ont été quelques milliers à travailler en France et parfois à s’y fixer. Dès la fin du XVIIe siècle, il est de bon ton dans les plus hauts niveaux de la société d’avoir auprès de soi un négrillon faisant office de page mais on prise aussi leurs talents de perruquier ou de cuisinier.

Concentrés à Paris pour 75% d’entre eux, dans les grands ports de la façade Atlantique et dans une moindre part à Marseille, ils arrivent asservis des Antilles ou directement d’Afrique.

Pourtant, « La France, mère de liberté, ne permet aucun esclave » sur son sol, d’où une politique de limitation des entrées dans le royaume mais aussi de libération dans le meilleur des cas. A partir du milieu du XVIIIe siècle pourtant, la méfiance s'étend indifféremment à tout homme de couleur, qu'il soit esclave ou affranchi. Une politique répressive se met en place interdisant les mariages mixtes, limitant les droits de séjour, organisant les rapatriements aux Antilles avant que la Révolution ne rende caduques ces réglementations le 16 pluviôse an II (4 février 1794). Liberté pour tous et libre accès au sol français n'auront pourtant qu'un temps, très bref : dès 1802 Napoléon Bonaparte interdit aux Noirs et aux mulâtres de venir en métropole et rétablit l'esclavage.

Du nègre Paul appartenant au grand marchand orléanais Thomas Desfriches au musicien Joseph Bologne, chevalier de Saint-Georges fréquentant les meilleurs salons parisiens, l’occasion sera donnée à travers tableaux, sculptures, estampes et documents d’archives de découvrir un volet méconnu de notre histoire et de s’interroger sur le contexte et le résultat de cette première immigration de couleur.

L’exposition s’appuie sur le commissariat scientifique d’Erik Noël, auteur d’Etre noir en France au XVIII esiècle publié en 2006 aux éditions Taillandier et s’inscrit dans un ensemble de manifestations produites par l’Université, les Archives départementales, les services culturels de la ville de La Rochelle et les archives de la Marine de Rochefort à l’occasion de la journée commémorative du 10 mai 2010.

Être noir en France au XVIIIe siècle du 21 avril au 12 juillet 2010

EXPOSITION TEMPORAIRE au Musée du Nouveau Monde de La Rochelle (Charente-Maritime)

Musée du Nouveau Monde 10 rue Fleuriau 17000 LA ROCHELLE Tél. : 05 46 41 46 50

Horaires d’ouverture

  • Du 1er avril au 30 septembre :
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  • Les dimanche et jours fériés de 14h à 18h
  • Fermeture hebdomadaire le mardi

Tarifs

  • Plein tarif 4 €- Tarif réduit 3 €
  • Entrée gratuite pour les moins de 18 ans, Rmistes et chômeurs
  • Gratuit pour tous le 1er dimanche de chaque mois

Article SUD-OUEST 

A La Rochelle, ailleurs aussi en Charente-Maritime, la journée souvenir du 10 mai dédiée à la commémoration de l'abolition de l'esclavage, donne lieu, cette année, à toute une série de manifestations, en amont et en aval. En fait, le coup d'envoi de « Chairs noires et pierres blanches » (mémoires de l'esclavage en Aunis et Saintonge) a été donné les 19 et 20 mars derniers, à l'occasion du colloque « Mémoires de l'esclavage, enjeux, discours, médiations » avec une vingtaine d'intervenants à Brouage et La Rochelle. L'ouverture, aujourd'hui, de l'exposition au musée du Nouveau Monde marque la deuxième étape des manifestations, sur lesquelles nous reviendrons, mais dont voici un aperçu du programme. Chargé et varié.

Expositions. « L'esclavage et les Lumières : un combat pour la liberté », à la médiathèque Michel-Crépeau, du 23 avril au 16 juin. « Un commerce pour gens ordinaires ? La Rochelle et la traite négrière au XVIIIe siècle », du 10 mai au 10 septembre, aux Archives départementales. « Lieux de mémoire, mémoire des lieux : sur les traces de la traite et de l'esclavage », photos de Philippe Monges, en plein air, parcs d'Orbigny et du casino, du 10 mai au 10 juillet.

spectacles. « Hannah Crafts, mémoire d'une esclave noire », par le Ballon rouge, théâtre, du 10 au 16 mai au Muséum de La Rochelle, le 20 mai à Puilboreau. « Cahiers d'un retour au pays natal » d'Aimé Césaire, lecture-spectacle à travers la ville. Cinéma : « Vers la seconde abolition de l'esclavage dans les colonies françaises, 1802-1848 », projection en avant-première, le 10 mai, à la Flash du film de Didier Roten. Projection, suivie d'un débat, de « L'or noir » de Patrice Roturier, le 21 mai à la médiathèque.

conférences. « Les sources de l'histoire de la traite négrière », par Benoît Jullien, le 23 avril à 18 heures, à la médiathèque. « La traite rochelaise », par Jean-Michel Deveau, le 28 mai, médiathèque. « Rochefort et la traite négrière », par Christophe Cadiou, le 17 juin, service historique de la Défense, 4, rue du Port, Rochefort.


Chair noire, peintre blanc.

Être noir en France au XVIIIe : l'exposition conçue par Annick Notter inaugure les manifestations autour du 10 mai et l'abolition de l'esclavage.

 Annick Notter devant « La Toilette intime » (suiveur de Watteau, première moitié du XVIIIe). Ce tableau, conservé au musée de Valenciennes, est une rareté, il montre une femme noire alors que les peintres préféraient les jeunes garçons. Photo Xavier Léoty

Annick Notter devant « La Toilette intime » (suiveur de Watteau, première moitié du XVIIIe). Ce tableau, conservé au musée de Valenciennes, est une rareté, il montre une femme noire alors que les peintres préféraient les jeunes garçons. Photo Xavier Léoty 

Voici deux ans, Annick Notter, conservatrice en chef des musées d'art et d'histoire de La Rochelle, assiste à une conférence d'Érick Noël. « Être noir en France au XVIIIe siècle », tel est le thème de l'intervention de ce professeur d'histoire moderne à l'université des Antilles et de la Guyane.

« En écoutant la conférence, j'ai pensé que c'était un sujet que l'on pouvait mettre en images », se souvient Annick Notter. Deux années de travail plus tard, elle présente le fruit de ses recherches. Une trentaine de pièces, tableaux, gravures et sculptures provenant de musées et de collections particulières, qui vont être présentés à partir d'aujourd'hui au musée du Nouveau Monde.

66 noirs à La Rochelle

« On estime à 4 000, voire 5 000, le nombre de noirs présents en France au XVIIIe siècle, précise Annick Notter. Les trois-quarts vivaient à Paris, les autres dans les grands ports négriers de France, Nantes, Bordeaux et La Rochelle. Ils étaient 700 à Nantes, plus de 400 à Bordeaux. À La Rochelle, on en a recensé 66 ».

Les planteurs les ramenaient avec eux des îles Caraïbes et de Saint-Domingue. D'autres noirs étaient achetés sur les côtes d'Afrique et conduits en France par les capitaines de navires qui les avaient reçus en cadeau pour l'achat d'un « lot » de nègres.

Armateurs et commerçants

Armateurs et grands commerçants rochelais avaient ainsi un noir à leur service.

« Au XVIIIe, le négrillon était à la mode, constate Annick Notter. Dans les grandes familles, il était de bon ton d'avoir un serviteur noir. On le revêtait de beaux atours pour la parade, sans pour autant lui ôter le collier qu'il portait autour du cou, qui pour être en argent, n'en était pas moins un collier de chien ».

Une première en France

Le négrillon se rencontre dans les salons. Vêtu d'étoffes précieuses, il pose, dans le sillage de son maître, sur les tableaux de l'époque. Mais lorsque le noir vieillit, on le destine à d'autres tâches moins en vue…

Certes, au XVIIIe, le droit français interdit l'esclavage. Mais il s'agit d'une législation qui ménage les planteurs. Ils sont autorisés à disposer d'un esclave noir pour une durée temporaire, trois ans de présence sur le sol français. Au bout de ce temps, les esclaves deviennent des hommes libres.

« Dans la réalité, les choses se passent autrement, explique Annick Notter. Un noir illettré, prisonnier de l'hôtel de son maître, ignore le plus souvent qu'il peut retrouver la liberté. Les plus instruits, ou ceux qui étaient en contact avec des anti-esclavagistes, ont réussi. Mais c'était plus facile à Paris qu'à La Rochelle ».

Cette exposition est la première organisée sur le thème des noirs en France au XVIIIe siècle.

Par NPA 79 Nord - Publié dans : Département et région - Communauté : les anti-capitalistes
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