Partager l'article ! Communiqué d'ANTARSYA (= Front de la gauche anticapitaliste grecque) sur l'incendie de la banque Marfin, rue Stadiou, à Athènes + Crise en Europe : ...
La grève-séisme d'aujourd'hui et la manifestation la plus massive depuis la chute de la dictature militaire ont exprimé le NON le plus fort aux mesures du trio gouvernement-UE-FMI. Au lieu de retirer ces mesures du Parlement, le gouvernement se sert sans honte du décès tragique de trois travailleurs de Marfin pour les monter en épingle, comme le fait le «Front noir» ND-LAOS[ND, Nouvelle Démocratie, le parti de droite, et LAOS, Rassemblement populaire orthodoxe, le parti d'extrême droite qui soutient activement les mesures du gouvernement du PASOK, le parti socialiste grec). Les larmes de crocodile de Vguenopoulos[le patron de Marfin Bank], qui a obligé ses employés à travailler enfermés à clé dans un bâtiment sans protection incendie, ont la même valeur que les condamnations du premier ministre sur les «manifestants assassins».
C'est le gouvernement qui est responsable de ces morts, ainsi que la police et le patronat. Le gouvernement, enfermé dans sa tour de verre, avec les contrôleurs du FMI et de l'UE, a donné des ordres pour une attaque sans merci contre les centaines de milliers de manifestants qui ont assiégé le Parlement en criant aux députés: «Sortez de là, maintenant!». L'orgie de la terreur policière a continué, en entravant l'accès des pompiers au bâtiment en feu. Des milliers de manifestants ont reçu des coups de matraque et des gaz lacrymogènes de Syntagma[la place du Parlement]jusqu'à Klafthmonos[une autre place du centre ville d'Athènes], pour les empêcher de s'approcher du «lieu sacré» du Parlement, où le gouvernement, avec ND et LAOS, veut imposer sans vergogne le pire coup d'État contre les droits des travailleurs et de la jeunesse.
Athènes, le 5 mai 2010
ANTARSYA (Antikapitalistiki Aristeri Synergasia gia tin Anatropi,
Front de la gauche anticapitaliste grecque)
Crise en Europe : racket organisé contre la Grèce
Le « plan de sauvetage » adopté par l’Union européenne (UE) et le FMI prétend mettre pendant trois ans la Grèce à l’abri de la spéculation des
marchés financiers et empêcher sa « faillite ». Mais le carcan « euro-FMI » empêche les débats et mesures démocratiques qu’il faut imposer en Grèce et dans toute l’Europe :
l’ouverture des livres de compte (des États, des banques, des entreprises) et le bilan de faillite de l’UE néolibérale dont témoigne le recours au FMI...
Georges Papandréou a accepté un plan d’austérité sans précédent : en contrepartie d’une aide de 110 milliards d’euros sur trois ans, l’État s’engage à réaliser 30 milliards d’euros
d’économies. Les profits et marchés financiers sont épargnés alors que les services publics et les salaires doivent trinquer !
Côté dépenses : il s’agit de lancer une nouvelle offensive contre les services publics d’éducation et de santé – en diminuant un peu des dépenses militaires très au-dessus de la
moyenne de l’Union européenne (UE) – mais gageons que la France, deuxième fournisseur d’armement de la Grèce, verra ses commandes protégées. Une contre-réforme des retraites, pire que
celle qui nous menace en France, est prévue. Les salaires des fonctionnaires seront baissés puis gelés ; et dans le privé, les licenciements sont facilités en même temps que l’on
introduit un revenu minimum pour les jeunes et les chômeurs de longue durée trouvant un emploi – ce qui multipliera les « salariés pauvres »...
Côté recettes : les privatisations des transports et de l’énergie aggravent une Europe antisociale et désastreuse pour l’environnement. Au plan fiscal, on épargne les profits ou les
exonérations dont bénéficie l’Église orthodoxe ; mais l’impôt le plus injuste – la TVA – sera augmenté.
Le recours au FMI et à des financements bilatéraux par les États membres vise à sauvegarder l’architecture néo-libérale de l’UE : absence de fiscalité européenne (le budget européen
est plafonné à 1 % du PIB), priorité aux financements privés avec libre circulation des capitaux et « critères de Maastricht1 ». Ceux-ci, réaffirmés aujourd’hui, ont été établis en
1992 pour que l’Allemagne accepte de renoncer au Deutsche Mark. L’ensemble a construit une UE de plus en plus dissymétrique. Les pays désignés avec mépris comme les « PIGS » (cochons
en anglais), pour Portugal, Irlande/Italie, Grèce et Espagne (Spain) sont une « périphérie » de l’eurozone comme il existe celle de l’Est. Aux excédents commerciaux et à la faible
inflation d’une Allemagne pratiquant les délocalisations vers l’Est et l’austérité salariale, correspondent une plus forte inflation, des déficits et endettements supérieurs
ailleurs.
Les agences de notation « évaluent » ces déséquilibres. Elles qui portaient aux nues en 2007 ce qui s’est avéré être des « titres pourris » dans la crise des subprimes, se permettent
aujourd’hui d’infliger de « mauvaises notes » dont s’emparent les marchés spéculatifs : la Grèce, le Portugal et l’Espagne sont les plus fragiles – mais l’Italie a une dette
supérieure à la Grèce et le déficit du Royaume-Uni dépasse les 10 %... Dominique Strauss-Khan et l’Élysée grondent contre ces agences qui aggravent la spéculation sur l’euro. Mais les
« spéculateurs » sont notamment les banques elles-mêmes. Celles de France et d’Allemagne détiennent 80 % de la dette grecque. La banque centrale européenne n’a pas le droit de prêter
aux États, mais a prêté aux banques des montants faramineux à taux bas en pleine crise financière. Cet argent leur sert aujourd’hui à prêter, avec un taux supérieur, aux États... qui
viennent de décider de prêter à leur tour à la Grèce, avec un bénéfice au passage...
Le FMI et les gouvernements de l’UE veulent que la Grèce serve « de leçon » européenne. Mais cette Europe-là doit être rejetée par des mobilisations qui imposent de vraies
solidarités, et des « critères de convergence » visant la hausse des niveaux de vie et la protection de l’environnement. La monnaie et les financements sous contrôle public doivent
être au service de la cohésion sociale.
Le « plan de sauvetage » de la Grèce épargne les profits et les revenus financiers sur la dette. Il faut le refuser parce qu’il est aussi injuste que le sont les plans du FMI ailleurs
– et inefficace : l’austérité signifiera récession, cause première de déficit public – sans faire cesser la spéculation.
Les Islandais ont refusé de payer pour une faillite qui n’est pas la leur, lors d’un référendum en mars dernier. Il faut refuser de payer pour des dettes sans audit, transparence et
débat sur ces dettes.
Catherine Samary et Hugo Harari-Kermadec, Groupe de travail Économie du NPA
1. Le déficit public sous les 3 % du PIB et la dette publique sous les 60 % concernent le budget de l’État, des collectivités locales et de la sécurité
sociale : fiscalité et retraites sont donc au cœur des enjeux. Mais l’UE a aussi interdit aux banques centrales de l’eurozone de financer les États...
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