In extremis, un investisseur mystère se dit intéressé par un rachat. Les salariés broient du noir.
Un salarié d'Heuliez devant l'usine de Cerizay, le 31 mars 2010 (AFP Alain Jocard)
Ils n’en peuvent plus d’attendre. Depuis un an, les salariés d’Heuliez sont ballotés d’un sentiment à l’autre. Espoir un jour, désespoir tant d’autres. Un jour en cessation de paiement, le
lendemain repris par un énigmatique patron. Lâchés, approchés, convoités, répudiés. Hier encore, alors que leur direction devait demander une mise en redressement judiciaire, elle y a renoncé
in extremis.
Un des investisseurs intéressés pourrait déposer une offre de reprise d’ici la fin du mois. Il s’agit d’un fonds de retournement (spécialisé dans la reprise d’entreprises pour réaliser une
plus-value et revendre) nord-américain qui n’a pas dévoilé son identité. «Il apporte 25 millions d’euros et reprend la totalité des effectifs, dit Jean-Emmanuel Vallade, délégué
CFE-CGC. Il étudie les synergies possibles parmi les 45 sociétés qu’il possède.» Le fonds ne souhaite pas que le FSI (fonds d’investissement de l’Etat) entre au capital d’Heuliez,
contrairement aux précédents scénarios de reprise.
Du positif, «dans l’esprit des salariés surtout», précise Vallade. Heuliez évite ainsi un second redressement judiciaire. Le versement des 620 salaires mardi devrait être assuré.
La direction va puiser dans les 5 millions d’euros que la région Poitou-Charentes, actionnaire, a versés au capital d’Heuliez.
Bouts de chandelle.«L’entreprise ne vaut rien aujourd’hui», estime Claude Point, délégué CFDT. Le propriétaire actuel et défaillant, Bernard Krief Consulting, s’est
engagé à la céder pour un euro. «Mais pour la faire redémarrer, il faut 30 millions d’euros.» D’abord, pour régler les fournisseurs. «Selon l’urgence, on paye, au jour le
jour, dit Xavier Cailloux, délégué CFDT. Il faut faire des choix difficiles. Tout à l’heure, un collègue m’a dit qu’il ne travaillerait pas demain parce que les pièces ne sont pas
arrivées.» Des contrats ont été passés auprès de clients qui prennent directement en charge l’achat des matières premières. Des économies de bouts de chandelle sont réalisées. La société
de gardiennage qui assure la sécurité du site a essuyé des licenciements. Des ateliers fermés pour économiser de l’électricité et du nettoyage. «On a dû tarabuster la direction pour qu’elle
paye la société de nettoyage, relate Cailloux. Même chose pour les gants de cuir utilisés à l’atelier d’emboutissage, les chaussures et les lunettes de sécurité.»
Heuliez a aussi besoin de cash pour poursuivre le développement de sa petite voiture électrique, la Mia. «Le véhicule roule : on fait des tests sur l’autonomie des batteries, les
vitesses de pointe, dit Claude Point. Mais les phases d’amélioration sont arrêtées faute de sous.» Le projet aurait pris au moins trois mois de retard. Une commercialisation était
prévue en octobre. «On doit pouvoir vendre 13 000 véhicules en Allemagne, 10 000 en France en 2011», espère Vallade. De quoi occuper une centaine de salariés, tout au plus.
«Il faut absolument développer l’activité traditionnelle» de sous-traitance, insiste un salarié. Aucun nouveau marché n’a été conclu depuis un an.
Ces jours-ci, l’aciériste Thyssen se déleste auprès d’Heuliez de la production de vieilles pièces de rechange destinées à Renault. En dépit de périodes de chômage partiel, une soixantaine de
personnes bossent dessus. «Au moins, ils se sentent utiles», soupire Cailloux. D’autres marchés, auprès d’Eurocopter et d’Alstom, sont en cours de finalisation. «Mais ce n’est pas
ça qui va nous sauver», dit le syndicaliste.
Artificiel. Fini, l’âge d’or où Heuliez produisait les Opel Tigra et comptait 3 000 salariés. Fini, l’époque où Renault et PSA lui sous-traitaient la conception et la
production de prototypes de cabriolets. Sur les 620 salariés actuels, l’équivalent de 220 temps-plein sont maintenus artificiellement dans l’effectif grâce à du chômage partiel et des
formations financées par l’Etat et la région.
Un nouveau plan social est redouté, après 365 départs en 2009. Certains se sont rabattus chez l’autre gros employeur du coin, Fleury-Michon. «On est parti comme des chiens», dit,
amer, Michel Boureau, 58 ans, désormais sans emploi. Il a passé toute sa carrière chez Heuliez. «J’ai démarré à 16 ans comme manœuvre, j’ai terminé comme responsable de
production.» Il ne regrette pas d’être parti. «Quand je vois dans quel état ils sont… Ce qu’ils vivent est épouvantable. Au moins, quand on quitte une entreprise, on l’oublie.»
Depuis deux mois, une cellule psychologique a été mise en place. Les permanences ont été augmentées en avril.
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!