Dans la foulée des conférences régionales du PCF, les militants communistes sont appelés à voter, du 18 au 21 novembre, sur la stratégie du parti au premier tour
des élections régionales de mars 2010. A l’issue des conférences régionales, un communiqué du PCF annonçait que « 18 régions ont décidé d’une dynamique pour des projets et des
rassemblements bien ancrés à gauche ». Autrement dit, 18 conférences régionales – sur 22 – se sont prononcées pour des listes indépendantes du PS, au premier tour.
Le communiqué du PCF ne dit rien des quatre conférences régionales qui ont adopté la proposition d’une alliance avec le PS dès le premier tour. Or, de telles « exceptions »
porteraient atteinte à la crédibilité de la stratégie du PCF au plan national. Comme nous l’avons expliqué dans notre article Le PCF et les élections régionales, la dérive droitière des dirigeants du Parti Socialiste et la lamentable
politique de « gestion » de ses élus, dans toutes les collectivités locales, militent clairement en faveur de listes dirigées par le PCF, partout, au premier tour. Et rien ne
sert d’expliquer que le choix d’une liste avec le PS au premier tour ne concernerait que quatre régions. On ne peut pas être un peu opportuniste, de même qu’on ne peut pas
être un peu enceinte !
Malheureusement, « l’offre nationale » adoptée par le dernier Conseil National du PCF laissait la porte ouverte à de telles exceptions sans principes –
ou, disons, sans autre « principe » que l’objectif de « sauver des élus ». En effet, en dessous de 5% des suffrages, une liste ne peut pas fusionner, entre les deux tours.
Ce « risque » existe dans différentes régions, dont justement les quatre où les conférences régionales du PCF ont proposé de faire liste commune avec le PS dès le premier tour. Mais
comme nous l’écrivions à la veille des conférences régionales, « ce "risque" pèse beaucoup moins lourd que les conséquences négatives d’une stratégie de premier tour "à la carte", qui
donnerait le sentiment que le PCF accorde plus d’importance à l’obtention de sièges qu’à ses principes. »
Prenons l’exemple du Poitou-Charentes, qui est l’une des quatre régions en question. Ségolène Royal, qui en briguera de nouveau la présidence, se situe à l’extrême
droite du Parti Socialiste. Dès lors, n’est-il pas évident qu’aucune considération de principe politique ne justifie une alliance du PCF avec le PS régional, au premier tour ? N’est-il pas
évident, au contraire, que les principes politiques les plus élémentaires militent en faveur d’une liste indépendante du PS ?
En conséquence, La Riposte appelle les militants communistes du Poitou-Charentes et des trois autres régions concernées – Bourgogne, Champagne-Ardenne et
Lorraine – à rejeter la proposition de leur conférence régionale et à voter pour la constitution de listes indépendantes du PS, au premier tour. Partout ailleurs, nous appelons évidemment à
voter contre des listes communes avec le PS.
« Front de gauche élargi » ou listes « ouvertes » du PCF ?
Dans toutes les régions, les communistes pourront choisir entre au moins deux options : « Front de gauche élargi » ou liste commune avec le PS. Mais
dans plusieurs régions, comme par exemple en Ile-de-France et en Midi-Pyrénées, les bulletins de vote qui ont été adoptés par les conférences régionales proposent une « troisième
option » : la constitution de listes du PCF « ouvertes » au monde du travail et aux acteurs des luttes en cours, comme par exemple des militants de la CGT.
Nous comprenons parfaitement les préoccupations des militants qui ont demandé que cette option figure sur les bulletins de vote. Même si elle conserve l’appui –
rarement enthousiaste – d’un grand nombre de militants communistes, la démarche du « Front de gauche » suscite aussi de profondes inquiétudes, dans les rangs du parti. De fait, même
en le proclamant « élargi » – à quelles organisations, au juste ? –, le Front de gauche demeure une coalition électorale du PCF avec des forces considérablement moins implantées
que lui, mais dont les dirigeants compensent l’absence de base militante et électorale par une vigoureuse ambition personnelle. Or, la générosité avec laquelle la direction du PCF se propose de
distribuer les positions éligibles à ses « partenaires » – comme ce fut le cas aux Européennes – ne peut qu’aiguiser ces ambitions. En outre, de nombreux dirigeants du parti voient
dans le « Front de gauche » un moyen de poursuivre leur stratégie de « transformation » du PCF en « autre chose » – l’essentiel, pour eux, étant que cette
« autre chose » ait clairement rompu avec la tradition et l’idéologie communistes.
De ce point de vue, des listes du PCF « ouvertes » sont, selon nous, la meilleure des trois options (lorsqu’elle figure sur le bulletin de vote). Ceci
dit, en l’absence d’un véritable programme communiste, la candidature de tel ou tel militant syndical ou associatif, fut-il excellent et reconnu, ne changera rien aux carences de la
campagne électorale. La question centrale est celle du programme. Il faut rejeter la tentation de cacher l’absence d’une alternative sérieuse au capitalisme derrière une
« ouverture » artificielle de nos listes au « monde du travail ». Le monde du travail, il faut le convaincre par des idées et un programme justes – c’est-à-dire marxistes.
Telle est la tâche centrale des militants communistes.
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Les élections régionales et le programme du PCF (La Riposte Vendredi 22 Janvier)
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Lors de la consultation interne du PCF sur les élections régionales, en novembre dernier, les militants communistes ont très largement soutenu le choix de
constituer des listes du Front de Gauche, au premier tour.
Beaucoup de camarades voient dans le Front de Gauche une alternative à la stratégie « d’alliances systématiques » du PCF avec le PS – laquelle
stratégie s’est accompagnée, ces dernières décennies, d’une subordination du parti à la politique et au programme pro-capitalistes des dirigeants socialistes. Nous partageons entièrement
cette préoccupation. Cependant, le fait de se distinguer du PS par des listes indépendantes, aux élections, ne suffit pas à constituer un programme distinct de celui du PS. Il faut au PCF un
programme offensif, qui s’attaque à la racine des injustices, de l’oppression et de la misère, qui propose une alternative révolutionnaire au capitalisme – en un mot, un programme
communiste.
Cette question se posera très concrètement, entre les deux tours et au lendemain du deuxième tour des régionales. Entre les deux tours, il faudra décider de
fusionner – ou non – avec les listes du PS. Au lendemain du deuxième tour, il faudra décider d’intégrer – ou non – des exécutifs régionaux, aux côtés des élus socialistes. Qu’est-ce qui doit
déterminer l’attitude du parti, dans ces choix ? Le programme.
Le PCF doit poser des conditions programmatiques concrètes à sa participation aux exécutifs régionaux. Il doit notamment rejeter toute politique de privatisation
ou de subvention des capitalistes. Le PCF doit également exclure de fusionner avec des listes du PS dirigées par des réactionnaires aussi discrédités que Georges Frêche, par exemple. Sur des
listes de deuxième tour avec le PS, le PCF doit pouvoir mener une campagne indépendante, avec son propre matériel politique, ses idées et son programme, qui doivent se
distinguer clairement du réformisme extrêmement modéré des dirigeants socialistes. Sans cela, les efforts pour « s’émanciper » du PS, au premier tour, seraient liquidés au deuxième.
Ils se réduiraient à une simple posture électorale.
Le cas de l’Ile de France
Le bilan des élus communistes dans les Conseils Régionaux souligne l’urgence de sérieux changements, dans le programme du parti. Prenons le cas de l’Ile de
France. Les élus communistes de cette région ont fait circuler un document détaillant leur action entre 2004 et 2010. Intitulé Des actes, Un bilan, ce document liste une longue série
de mesures. Plusieurs d’entre elles vont dans la bonne direction, comme par exemple la gratuité des transports publics pour les Rmistes et la réduction de 75% du prix de ces transports pour
les titulaires de la CMU, de l’AME, de l’ASS et de l’API. On s’attend à de telles mesures, de la part d’élus communistes. Mais ce à quoi on s’attend beaucoup moins, c’est à la politique qui
consiste à verser des millions d’euros dans les caisses d’entreprises privées, sous couvert de « développement économique » et de « lutte contre le chômage ».
Dans la rubrique « Appui aux entreprises » de ce document, on trouve par exemple une liste de mesures parmi lesquelles : « Cap
Entreprise : dispositif d’accompagnement des créateurs et dirigeants d’entreprises : plus de 8000 bénéficiaires depuis 2004. » Puis : « Fonds de prêts
d’honneur : 4364 prêts accordés depuis 2004. » Puis encore : « AREX (aide à l’export) : 2262 entreprises bénéficiaires entre 2004 et 2007 ». Dans
la rubrique « Accompagnement et anticipation des mutations économiques », on lit : « Aide à la commercialisation et l’export : 2638 dossiers soutenus entre 2004
et 2008 ». Franchement, lorsqu’on voit les efforts des élus communistes pour stimuler les exportations des entreprises d’Ile de France, on ne peut pas les accuser d’être
responsables du déficit abyssal du commerce extérieur français ! Ni d’ailleurs de la crise de l’immobilier, puisque dans la rubrique « Développement local des territoires »,
nous lisons : « Immobilier d’entreprise, pépinières et hôtels d’entreprise : 49 opérations soutenues depuis 2004 (15,68 M€). » Et ainsi de suite.
Malheureusement, cette politique n’est pas le seul fait du Conseil Régional d’Ile de France. Tous les Conseils Régionaux font de même. Des dirigeants du parti
cherchent à justifier cette politique en évoquant de vagues « contrôles » sur les conditions de travail et la politique d’emploi dans les entreprises subventionnées. Or, de l’aveu
même des élus du parti, le nombre de ces « contrôles » n’a pas été significatif. Mais de toutes façons, en quoi peuvent-ils bien consister ? Un coup de fil ? Un
courrier ? Une visite des bureaux de l’employeur ? Y a-t-il eu ne serait-ce qu’un seul cas d’entreprise à laquelle on aurait exigé de restituer la subvention
accordée ? Nous n’en avons jamais entendu parler. Mais si c’est arrivé, c’est forcément très marginal. Or, les licenciements et les conditions de travail scandaleuses ne sont pas un
phénomène marginal !
Il est urgent d’ouvrir un débat sérieux, dans le parti, sur la politique menée par nos élus au sein des collectivités locales. Les élus communistes doivent
rompre avec cette politique de subventions massives aux entreprises privées. Ils doivent militer pour que les budgets des collectivités locales servent en priorité le renforcement des
services publics et la lutte contre la pauvreté.
La Riposte
Publication : vendredi 22 janvier 2010